
L'an 1 du Ripou s'achève. On vous le dit tout de suite, ça ne va pas durer dix ans. Nous préférons en effet nous inscrire dans la tradition de ces groupes punk des années 80 qui sortaient un ou deux albums dans lesquels ils se vidaient les tripes, avant de tirer leur révérence et de partir vers de nouvelles aventures. Nous n'avons pas changé d'état d'esprit : notre démarche se veut toujours nihiliste. Nous n'espérons pas réveiller les moutons berruyers ni même illusoirement les inciter « participer » et à s'exprimer. Nous n'avons même pas la prétention de contribuer par nos écrits à changer les mentalités ou à « faire réfléchir » (il ne manquerait plus que ça avec toutes les conneries qu'on écrit). Le pays des Bisnounous, c'est pas ici. Et nous ne serons pas la grenouille gesticulante qui veut se faire plus grosse que le boeuf. Nous sommes juste le miroir réfléchissant et grossissant de la bêtise de notre ville, de notre pays et de l'humanité en général. Ensuite, qu'il advienne ce qu'il pourra advenir.
Alors que les négociations sur le traité international du commerce des armes débutent aujourd'hui et devraient permettre de renflouer les caisses du lobby de l'armement à Bourges, nous ne vous souhaiterons pas non plus de bonnes vacances. Nous savons très bien qu'elles sont devenues l'apanage des privilégiés et nous n'avons rien à souhaiter aux privilégiés que ce qu'ils ont déjà. Nous pensons surtout aux chômeurs, aux rmistes, aux emplois précaires, aux vieux briscards avec leur « minimum retraite » (réforme Sarkozy ou pas), qui vont devoir se taper pour la énième année consécutive les spectacles d'Un Ete à Bourges et les Nuits de Lumières ou encore l'exposition de lingerie et petites culottes chère à notre ami canaillou Roland Narboux. Cette année, deux des membres du Berry Ripou ont perdu leur emploi. Dans l'année qui vient, deux autres sont sur la sellette. Dans ce contexte, votre sinistre narrateur ferait presque figure de nanti avec son emploi associatif au smic. Alors, si on nous enlève la liberté d'expression, que nous reste-t-il ? La lutte armée ?
Nous n'en sommes pas encore-là. Nous venons tout juste de déposer à la Préfecture Sarkozyste du Cher les statuts des « Editions le Berry des Pendus » chargées de porter nos productions écrites, orales et vidéos. Il y a un an, le quotidien « La Nouvelle République » disparaissait dans le silence assourdissant de son principal concurrent, trop heureux de sauver ainsi sa peau même au détriment de « La nounou ». Nous nous sommes promis de ne pas nous contenter de le déplorer. Et nous avons donc pondu ce Berry Ripou. Avec nos moyens de gueux, bien sûr : un site internet bricolé alors que nous n'y connaissons pas grand chose, un journal papier cousu sur une machine de trente ou quarante ans d'âge, des vidéos tremblotantes avec des caméras un peu obsolètes... bref, pas mal de choses, en peu de temps, avec peu de moyens, sans rien demander à personne. Mais avec une énergie et une détermination qui n'ont sans doute malheureusement pas d'équivalent dans ces contrées perdues (dans tous les sens du terme).
Finalement, nous avons été surpris de l'accueil que vous nous avez réservé lorsque nous avons été à votre rencontre pour vous vendre notre camelote. Nous savions que nous étions attendus au tournant et nous pouvions légitimement craindre de nous faire lyncher une fois descendus dans la rue, parmi les « vrais gens » avec notre « canard d'eau frelatée » à la main. Bah, en fait, non. Vieux croutons à la retraite, jeunes lycéens rebelles d'Alain Fournier ou petits bourgeois de Marguerite de Navarre (ou l'inverse), anciens des Beaux-Arts, défenseurs de sans papiers, pilier de bar berrichon avec son paquet de gitanes maïs sans filtre et son litron de rouge, riendutoutiste, et même les responsables politiques que l'on égratigne avec une mauvaise foi infinie… vous nous aimez ! Bande de sado-masos !
Enfin, pas tous quand même. Toutes nos élites et nos éminences grises locales n'ont pas forcément tout capté de notre démarche. Mais nous continuons très pédagogiquement leur éducation : faire de la caricature, c'est comme « jouer un rôle », un rôle salvateur d'avocat du diable, bien souvent. C'est tourner en dérision non pas la personne mais la marionnette publique représentante d'un pouvoir qui ne s'accouple que très rarement avec l'humilité et l'intelligence.
Dans les mois qui viennent, nous aurons besoin de votre soutien face aux assauts de l'Etat Sarkozyste de plus en plus respectueux de la liberté d'expression et du droit à la caricature. Nous avons déjà celui, indéfectible, d'Edwy Plenel (que nous soutenons à notre tour dans l'aventure MediaPart et son combat pour un retour en France d'une presse d'investigation). Nous en profitons d'ailleurs pour remercier encore une fois la Reine Irène de nous avoir mis en relation avec lui lors de son passage à Bourges. D'autres soutiens prestigieux et talentueux sont attendus. Nous sommes confiants.
La liste des remerciements serait trop longue à faire. Adressons tout de même un gros coup de chapeau à ceux qui sont les garants de notre indépendance. Tout d'abord, à notre vénéré rédacteur en chef Yann Galut. Nous sommes littéralement sous ses ordres, les yeux brillants d'admiration à chacune de ses paroles. Un grand merci aussi à notre directeur de publication Serge Lepeltier qui nous encourage à flinguer ses copains Sarkozystes, à notre responsable commercial, Monsieur Aubrun et à son complice Monsieur Chamiot, à notre livreur de cocaïne, Philippe Bensac, à Olivier Rivet qui nous a offert à chacun une Ferrari et surtout à notre responsable publicitaire, Bernard Stephan qui ne ménage pas ses efforts pour faire notre promotion dans les plus hautes sphères du pouvoir.
Nous aussi, on vous aime (à notre façon) !